Cet archipel, qui a inspiré la théorie de Darwin sur l’évolution, est depuis quelques décennies la scène d’une guerre totale, mais peu connue, contre une espèce invasive totalement destructrice des espèces locales et de la biodiversité : les chèvres sauvages. Celles-ci, laissées dans les îles par les baleiniers, il y a quelques deux cents ans, oubliées au 19ème siècle, lorsque les flottes baleinières cessèrent leurs activités, se multiplièrent en toute liberté pour atteindre le chiffre de 140,000 à la fin des années 1990, alors que la population, arrivée elle aussi en même temps que Darwin atteint tout juste 30 000. Dans cette lutte pour la survie , l’espèce invasive est devenu une menace dramatique pour la faune locale , surtout les tortues , et la flore , en particulier les cactus et tout l’environnement . Donc, guerre totale. Dans le Galapagos National Park, existe un véritable arsenal , rempli de fusils, munitions explosives, radio sophistiquées, de filets en nylon et des chiens spécialement dressés. Des pilotes neo-zelandais on été recrutés pour piloter des hélicos au dessus des îles surtout la plus grande, Isabella, pour que des tireurs puissent abattre les troupeaux à grand coups de munitions importées des Etats-Unis. Des groupes spéciaux accompagnés de chiens partent également en mission d’une vingtaine de jours, et laissent paraît-il derrière eux des monceaux de carcasses qui se décomposent au soleil.
Aujourd’hui, il semble que dans les plus petites îles et une partie de l’Ile Isabella les chèvres sauvages ont pratiquement disparu. « Ce fût très pénible,a déclaré un des responsables locaux de l’extermination, mais c’était absolument nécessaire pour sauvegarder le futur de nos îles. »
Mais il est évident que ce programme d’extermination, élaboré par les autorités responsables du Parc et par la Fondation Charles Darwin n’a pas fait que des heureux.
Les populations locales pauvres, pour qui les chèvres sont non seulement une source de nourriture mais aussi de revenus sont contre ce projet. Pendant longtemps, elles ont pu chasser les chèvres sans trop de peine et les exportaient à 15$ par tête sur le continent ou elles étaient envoyées dans les abattoirs. Mais maintenant non seulement les troupeaux se font plus rares mais aussi plus difficiles à trouver. Les autorités du Parc ne les écoutent guère et soulignent plutôt les efforts accomplis dans leur lutte
contre d’autres espèces invasives, telles que le rat , le chat ou les ânes sauvages . Elles envisagent de lancer un programme de limitation contrôlée contre des plantes telles que le mûrier et la goyave, également apportées par l’homme et qui sont une menace pour la végétation originaire de l’île. source – New York Times
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L'éradication des animaux domestiques pour la préservation des Galapagos
Depuis leur hélicoptère, les gardes du parc national des Galapagos ajustent leur cible dans la lunette de leur fusil et s'apprêtent à "éradiquer" un troupeau d'une centaine de boucs et chèvres sauvages afin d'assurer la préservation de l'archipel équatorien.
Un iguane se dore au soleil à San Cristobal....
"Pour que les Galapagos vivent, tous les animaux, chiens, chats, chèvres et ânes, introduits par l'homme dans l'archipel, doivent périr", affirme l'un des gardes en rechargeant son arme, à 60 mètres au-dessus de la végétation aride.
En contrebas, le "bouc Judas", un mâle en chaleur aux cornes peintes en rouge par les gardes et équipé d'un collier qui émet des signaux infrarouges, rejoint les survivants du troupeau éparpillés. Dès que le pilote repère l'animal sur l'écran de contrôle, une fusillade nourrie reprend.
Felipe Cruz, qui dirige le projet d'éradication des chèvres des Galapagos, explique que la présence croissante sur l'île d'Isabela de ces herbivores féroces amenés par les pirates est à l'origine de la disparition partielle des tortues géantes qui manquent de nourriture. Environ 90% des tortues géantes ont disparu en trois décennies et leur population a été réduite à une dizaine de milliers.
"Nous avons reçu plus de 3 millions de dollars pour la chasse à la chèvre et nous en avons déjà tué 80.000", ajoute-t-il, précisant qu'à l'avenir les chiens, les chats, les ânes et les porcs subiront le même sort.
Cette mission dispose d'un crédit de 12,5 millions de dollars de la fondation Charles Darwin, un organisme destiné à préserver l'environnement et la recherche dirigé par des scientifiques européens et américains.
Toutefois la perception des Galapagos par de brillants chercheurs étrangers comme "une vitrine et un laboratoire de l'évolution" laisse indifférents les habitants de l'île dont plusieurs milliers vivent de la commercialisation de la viande du chèvre, à la saveur réputée dans tout l'Equateur.
Cristobal Colomb Cuenca, l'un des chasseurs braconniers, ne manque pas de griefs contre les gardes nationaux. "Ces gens quand ils ne massacrent pas les chèvres, passent leur temps à dormir, empoisonner nos chiens et à voler l'argent des organisations internationales". Il vient de capturer avec ses cinq chiens six boucs qu'il vendra le jour même 15 dollars pièce. "La chasse me rapporte en moyenne 300 à 500 dollars par mois mais il m'est déjà arrivé de capturer 100 boucs en une seule journée et de gagner 1500 dollars", dit-il.
Luis Moreno Baragan, commerçant et importateur de viande de chèvre, explique que l'économie de l'île dépend en grande partie de ce marché lucratif et qualifie "d'hypocrisie totale la soit-disant menace écologique qui permet au parc national de faire payer aux donateurs des millions de dollars".
Carlos Valle, un biologiste équatorien formé à l'université américaine de Princeton et considéré comme le meilleur spécialiste des Galapagos, explique que pour conserver l'évolution naturelle de cet archipel d'une superficie de 8.000 km2, il faut en permanence "corriger l'influence prédatrice de l'homme". "Bien que l'évolution ait été préservée à 95% grâce à la découverte tardive de l'archipel au début du 16e siècle, le taux actuel de dégradation de l'environnement est l'un des plus élevés au monde", souligne-t-il.
"Les chiens déciment les iguanes marins, poursuit-il, les chats s'attaquent aux pinsons, aux fous et aux iguanes terrestres, les porcs déterrent les nids des tortues marines, déracinent les plantes endémiques et les rats détruisent les oeufs des iguanes". Cependant, selon lui, "le fléau principal est encore l'homme dont la présence est passée en 30 ans de quelques centaines à 30.000 habitants, attirés par le tourisme et la pêche. Mais à la différence des chèvres nous ne pourrons pas les éradiquer".
http://www.emarrakech.info/L-eradication-des-animaux-domestiques-pour-la-preservation-des-Galapagos_a8714.html