lundi 24 août 2009

SITUATION DES FEMMES EN INDE


Mise en bouche :

« Pourquoi es-tu venue au monde, ma fille, quand un garçon je voulais ? Vas donc à la mer remplir ton seau : puisses-tu y tomber et t'y noyer ». Chanson populaire indienne ...

Dans le monde, une femme est battue toutes les 15 secondes. En Inde, plus de 40% des femmes mariées ont affirmé être giflées, frappées à coups de pied ou agressées sexuellement pour divers motifs, par exemple parce que leur mari est mécontent de leur cuisine ou de la tenue du ménage, ou parce qu'il est jaloux.
"Chaque année, 50 millions de femmes sont victimes de violences conjugales, et seulement 0,1 % d’entre elles déposent plainte."

La scolarisation des filles est en retard par rapport à celle des garçons:
Pour l'ensemble de l'Inde, les femmes sont scolarisées à 39,4% et les hommes 64,1% (Recensement 2001). Ce chiffre déjà défavorable recouvre de fortes disparités : si elles sont scolarisées à 86,2% au Kerala (93,6% pour les hommes), elles ne le sont qu’à 20,4% au Rajasthan (55,0% pour les hommes).

La dot des filles est, en principe, interdite par la loi :
Elle est cependant toujours d'actualité et pèse lourdement sur les finances des parents. Quand ce sont de petits agriculteurs, il est fréquent qu'ils s'endettent pour des années auprès de l'usurier local. Qu'advienne une succession de mauvaises récoltes et l'impossibilité de rembourser intérêts et capital entraînera trop souvent la perte du seul bien de la famille, à savoir le lopin de terre qui la fait vivre.

En effet, les exigences des familles de garçons sont d'autant plus exorbitantes que la future épouse est peu éduquée ou a la peau sombre: scooter, télévision, machine à laver, etc... Les dots non payées intégralement peuvent générer des drames dans des familles avides : la jeune femme sera maltraitée, battue et parfois même arrosée d'essence dans la cuisine pour y être brûlée vive !! Les journaux rapportent périodiquement ce genre de drame.
Une fois mariée, la jeune femme réside avec son mari sous le toit de ses beaux-parents. La famille traditionnelle, dite élargie, peut ainsi comporter trois ou quatre générations sous le même toit, soit plusieurs dizaines de personnes. Les femmes y sont soumises à l'autorité de la belle-mère qui, seule, détient les clés des provisions et règle dans les moindres détails la bonne marche de la maisonnée. Soumise à sa belle-mère, la jeune femme l'est également à son mari auquel elle doit respect et obéissance..
Si un homme trompe sa femme, la première réaction de celle-ci sera de se demander :"Qu'ai-je fait de mal pour qu'un pareil malheur arrive ?".

Dès qu'elle a un enfant mâle, la jeune femme voit son statut changer de façon de façon sensible. Elle a contribué à la continuité de la lignée. Respectée, elle restera toujours quand même sous l'autorité et la protection des hommes de la famille. En revanche, elle est souveraine dans son domaine : éducation des enfants jusqu'à l'upanayana vers 11-12 ans, la cuisine, les rituels religieux familiaux quotidiens qu'elle accomplit seule ou avec son mari. Plus elle avance en âge, plus son emprise sur la maisonnée est grande.

La dépendance morale et économique envers les hommes rend le veuvage particulièrement difficile. En théorie, une veuve n'a plus de rôle social. Vêtue de blanc, elle ne doit plus porter de bijoux. Si elle n'est pas prise en charge par l'un de ses fils, sa situation est précaire. Autrefois, dans les classes supérieures, il était même recommandé que la veuve ne survive pas à son mari et s'immole sur son bûcher funéraire. Cette coutume, appelée Sati, a pris naissance chez les Kshatriya au cours des luttes contre les invasions musulmanes, c'est à dire après le 12ème siècle. Les Sati étaient considérées par les gens comme des saintes. Des stèles de pierre ou des empreintes de mains sur les murs portent témoignage de cette ferveur populaire. La coutume se développa et s'étendit à d'autres castes. Elle fut interdite dès 1829 sous l'occupation coloniale, par les Britanniques, sous la pression d'intellectuels hindous modernistes. Mais elle se poursuivit clandestinement, certaines Sati n'étant pas volontaires. Il semble que de nos jours, cette coutume soit enfin (presque) abolie.

Une autre coutume est celle du purdah, ou claustration des femmes (purdah désigne aussi le voile qu'elles portent en public). Le purdah a pris naissance également à l'ouest du pays, au Rajasthan, et pour les mêmes raisons que le Sati, afin de protéger les femmes des envahisseurs musulmans et plus généralement de la concupiscence masculine. Le purdah s'est d'autant plus aisément installé que les musulmans procédaient de même. Les paysannes que l'on voit aujourd'hui porter un voile dans les campagnes ne se cloîtrent pas mais protègent leur visage contre le regard inquisiteur et contre le vent brûlant et asséchant.

La femme moderne qui a reçu une éducation supérieure et vit dans les villes a, bien entendu, tendance à rejeter ces contraintes de la société patriarcale. La dimension réduite des appartements disloque les structures de la famille élargie. Les liens familiaux restent néanmoins très puissants mais leurs effets se font moins sentir dans la vie de tous les jours. Le jeune couple garde des obligations morales et financières vis à vis des parents et des frères et soeurs mais mène sa vie quotidienne comme il l'entend. La femme moderne travaille, a le droit d'ouvrir un compte en banque séparé. Selon la tradition, c'est le fils aîné qui hérite, évitant ainsi la dispersion des biens, surtout de la terre.

DAns les 6 grandes villes indiennes, se produisent plus facilement et plus fréquemment des mariages inter castes, voire avec des étrangers. Mais si les parents ont des conceptions traditionnelles rigides, de tels mariages sont considérés comme des mésalliances pouvant entraîner la rupture totale des relations. Le mariage arrangé reste toutefois la norme, même en milieu urbain. Les futurs époux peuvent se rencontrer, et la jeune femme a la possibilité de récuser un garçon qui ne lui plaît pas. Le mariage d'amour à l'occidentale est donc exceptionnel..

Les femmes jouent un rôle considérable dans la vie politique et leur présence numérique dans les partis et les instances gouvernementales (9% de femmes au Parlement fédéral) ce qui n'est pas si mal par rapport à la France (11% en 2002), qui est cependant à l'avant-dernière position dans l'Union Européenne).

Le divorce, autorisé par la loi depuis 1955, reste rare, les femmes n'ayant que rarement l'indépendance économique et restant soumises aux pressions familiales. Qu'une femme divorce est un déshonneur pour sa famille qui devient la risée du village. Réfugiée par défaut sous le toit de ses parents, s'ils l'acceptent (car ils lui devront alors nourriture et protection), elle n'a aucune perspective de remariage. La loi reconnaît à la divorcée une pension de 20% des revenus du mari, mais cette disposition est inappliquée dans la plupart des cas. Une décision récente de la Haute Cour de Justice de porter ce pourcentage à 50 le serait encore plus, mais montre que les autorités sont conscientes des problèmes économiques que rencontrent ces femmes.

Aujourd’hui, 14 % des mariages finissent par un divorce, contre 5 % à la fin des années 1980. Dans les villes, l’âge moyen du mariage pour les femmes se situe entre 26 et 30 ans, et 25 % des citadines choisissent elles-mêmes leur partenaire, ce qui était impensable il y a quelques années. Enfin, une femme sur cinq dispose d’un revenu propre.

"Les femmes n’ont pas le droit de se plaindre, elles doivent être accommodantes et dévouées, en dépit des souffrances", affirme Swarup Sarkar, un homme récemment divorcé.